Le
vestige le plus ancien du Domaine est le très modeste
manoir de Kersuzan, du XVIe s, lieu actuel d'hébergement des
artistes en résidence et seul témoignage de la famille Kermeno
qui posséda le fief de Kerguéhennec plus de deux siècles et
en fit tardivement le siège du vicomté de Bignan avant de
devoir le mettre en vente en 1703.
En
1710, sur l'emplacement d'un précédent édifice, les frères
Hogguer, banquiers suisses protestants ayant des intérêts
dans la Compagnie des Indes, originaires de Saint-Gall mais
résidant à Paris, commandent à l'architecte Olivier Delourme,
auteur de l'église Saint-Patern à Vannes, le château et les
communs ordonnancés autour de la vaste cour que nous connaissons.
En
1732, le domaine, est acquis comme terre de rapport agricole
et forestier par le Maréchal de camp des armées de Louis XV,
Guy Auguste de Rohan, qui n'y réside pas. Son fils doit s'en
séparer peu après la révolution. (C'est à cette époque qu'un
proche de Cadoudal, natif du village, bastion excentré de
la chouannerie, se proclame roi de Bignan.)
Le
Domaine de Kerguéhennec entre dans le patrimoine de la
famille Janzé en 1802. D'importants travaux sont entrepris
par le comte Paul-Henri de Lanjuinais, député puis président
du Conseil général du Morbihan, qui en prend possession en
1872. Pour le réaménagement du château, le nouveau propriétaire
fera appel à un architecte parisien, Ernest Trilhe, spécialisé
dans la restauration, qui œuvra pour les décors du château
de Combourg (1876) et à Villandry (1881).
Pour le parc, le comte de Lanjuinais contactera les
frères Bühler, très éminents paysagistes d'origine suisse
qui se sont déjà rendus célèbres par la création du parc de
la Tête d'or à Lyon (1854) et qui viennent de réaliser les
jardins du Thabor à Rennes (1867). L'apparence du château
est changée à l'extérieur par l'adjonction d'un relief sur
le fronton, d'un campanile axial, d'un perron encadré de deux
colonnes supportant un balcon, et par la modification du portail
d'honneur, tandis que la décoration intérieure est entièrement
reprise dans le goût Renaissance du moment, et certains détails
largement inspirés des châteaux de Blois et Fontaineblau,
dont la restauration fut assurée par Félix Duban, professeur
de Trilhe. Denis Bühler viendra à Kerguéhennec et rendra un
plan que le commanditaire va faire appliquer dans ces grandes
lignes : percement et aplanissement de l'allée cavalière au
sud, création du bassin de style Louis XIV, jardin à la française
dans la cour, au sud et le long de la façade nord du château,
jardin anglais au parcours sinueux plus au nord. Le comte
de Lanjuinais, aidé de son chef-jardinier Jarry, qui restera
vingt ans à son service, apportera toutefois sa touche personnelle.
Par exemple, il ne suivra pas les recommandations de Bühler
pour le chemin d'accès, qu'il concevra lui-même, et l'arboretum
pourrait être dû à sa seule initiative.

Le
Conseil général du Morbihan acquiert le parc en 1972.
En 1977, un plan d'eau est creusé à l'emplacement des marais
qu'avait sans succès voulu remblayer le comte de Lanjuinais.
Les sculptures d'Étienne Hajdu, Ulrich Rückriem, Richard Long,
Giuseppe Penone, Marta Pan, et Jean-Pierre Raynaud sont installées
en 1986. Le centre d'art et le parc de sculptures sont inaugurés
la même année. Une violente tempête bouleverse le parc en
1987. En 1988, le château et les communs sont classés Monuments
historiques et la partie nord du parc est inscrite à l'inventaire.
Après les écuries, la bergerie est réhabilitée. Une étude
paysagère est commanditée par le Conseil général en 2000.
La restauration intérieure du château est entreprise à partir
de 2001.
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